Les femmes yézidies
Les femmes yézidies : un génocide qui continue de faire des victimes
Qui sont les Yézidis ?
Les Yézidis sont une minorité ethno-religieuse originaire du Moyen-Orient, installée principalement dans la région du Sinjar, au nord de l’Irak. Leur religion, le Yézidisme, est une croyance monothéiste ancienne, marquée par des rites de prière propres, la croyance en la réincarnation, et une figure centrale : l’Ange Paon (Tawûsî Melek), considéré comme le messager de Dieu. C’est justement à cause de ces croyances, souvent incomprises ou diabolisées par des groupes extrémistes, que les Yézidis ont subi la persécution pendant des siècles. Leur communauté recense au total 74 tentatives de génocide au fil de son histoire — la dernière en date étant celle menée par l’État islamique (Daech/ISIS).
Août 2014 : le début du génocide
Le 3 août 2014, les combattants de Daech envahissent la région du Sinjar. En quelques jours :
- Environ 400 000 Yézidis fuient leurs foyers.
- Plus de 5 000 personnes, en majorité des hommes, sont exécutées et jetées dans des fosses communes.
- Plus de 7 000 femmes et jeunes filles yézidies — certaines âgées de seulement neuf ans — sont enlevées, réduites en esclavage sexuel et vendues.
Ce n’était pas une violence désorganisée : Daech avait rédigé de véritables manuels internes expliquant comment capturer, classer et vendre les femmes yézidies, transformant le viol et l’esclavage en un système administratif et économique à part entière.
Pourquoi les femmes yézidies en particulier ?
Daech considérait les Yézidis comme des « mécréants » à exterminer plutôt qu’à convertir, contrairement à d’autres minorités religieuses. Cette doctrine justifiait, selon l’idéologie du groupe, la réduction en esclavage des femmes et des enfants comme un « butin de guerre » légitime. Les femmes étaient :
- séparées de leurs maris et de leurs pères, souvent exécutés sous leurs yeux ;
- transférées vers des marchés aux esclaves organisés en Irak et en Syrie ;
- vendues, données ou échangées entre combattants, parfois plusieurs fois ;
- violées de façon systématique, ce viol étant explicitement utilisé comme arme de guerre pour détruire la cohésion de la communauté yézidie ;
- pour les plus jeunes garçons, arrachés à leurs mères pour être endoctrinés et transformés en enfants soldats.
Ce ciblage délibéré des femmes et des enfants a conduit les Nations unies à qualifier ces actes de génocide.
Où en est-on, plus de dix ans après ?
La chute territoriale du “califat” de Daech n’a pas mis fin au calvaire des familles yézidies :
- Selon les autorités du Gouvernement régional du Kurdistan (GRK), environ 3 590 personnes enlevées ont pu être libérées ou secourues au fil des années.
- Mais début 2026, encore plus de 1 200 femmes et jeunes filles yézidies restaient portées disparues, sans qu’on sache si elles sont toujours en vie, détenues, ou disséminées dans des camps comme celui d’Al-Hol, en Syrie, où vivent encore des familles de combattants de Daech.
- Plus largement, entre 2 800 et 3 000 Yézidis (femmes et enfants confondus) demeurent introuvables selon plusieurs organisations de défense des droits humains.
- Certaines survivantes retrouvées après des années de captivité doivent aujourd’hui réapprendre à connaître leurs propres enfants, nés en captivité ou séparés d’elles dès la naissance.
Le combat pour la justice
Malgré l’ampleur des crimes, très peu de responsables ont été jugés :
- Quelques pays comme l’Allemagne, la Suède et les Pays-Bas ont poursuivi et condamné certains de leurs ressortissants ayant participé à l’esclavage et au trafic de femmes yézidies.
- En Irak, une loi dite « loi sur les survivantes yézidies » a été adoptée pour indemniser les victimes, mais son application reste jugée trop restrictive par les associations locales.
- Les familles continuent de réclamer une véritable coordination internationale — une sorte d’« alerte enlèvement » mondiale — pour retrouver les femmes toujours manquantes.
Une communauté toujours meurtrie
Plus de dix ans après l’attaque, environ 200 000 Yézidis vivent encore dans des camps de déplacés au Kurdistan irakien, dans des conditions précaires. Chaque année, le 3 août (jour anniversaire de l’attaque) et le 19 juin (Journée mondiale des victimes de violences sexuelles liées aux conflits) sont marqués par des cérémonies de recueillement, où les familles brandissent les photos de leurs proches disparus, refusant que ce chapitre de l’Histoire soit oublié.
Sources : Kurdistan24, Nadia’s Initiative, Free Yezidi Foundation, Harvard FXB Center, Al Jazeera, Nations unies (ONU), Agence de l’Union européenne pour l’asile (EUAA).